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*Libre de couleur

Dernière mise à jour : 3 janv.

En octobre 2022, Jacques DUMORA présentait son roman historique

"Louis Timagène Houat - Un procès politique à Bourbon en 1836" (édition Komkifo)

Nous, ces ami.e.s, étions invités à dire, à lire, en hommage à l'homme, abolitionniste, qui aura mené combat pour exister et faire exister les voix de couleur, de ce territoire à la Cour du Roy.

 

Et si pour faire "résumance", trois lettres seules suffisaient

Trois petites lettres de mon île, territoire

Assiégé de mille parts, de mille flots, de mille ailleurs

Trois petites lettres serties au sein du diadème, cirques-couronnes

Asiles de tout Homme, de toutes pensées, de tout excès

Trois petites lettres, piliers une à une, d’une humanité arborescente

Telles fougères se hissant des laves-amères, où se sont consumées les hydres négrières

Trois petites lettres, résonances à la terre, telles un seul coeur, au centre du royaume


Trois petites lettres, je les répète, L.I.B.

Aux accents colorés de la "miskineri" des maîtres

Trois petites lettres, barreaux de couleurs hissés aux fenêtres de ces êtres Rebelles, insoumises, indomptées, "désesclavées"


Trois petites lettres, criées si fort, du fond des tourmentes, des profondeurs des peurs Trois petites lettres "questionnelles", au-delà des apparats, des apparences

Trois petites lettres, qui sous d’autres formes sont venues s’insinuer, à requestionner !


Qui es-tu Homme ?

"Nwar-kréol" de Guinée, arrière-petit-fils de Bambara ?

Nom évocateur, aux racines étrangères, lignées de WATRA, de OUATTARA ?

Qui es-tu HOUAT ?

Arrière-petit-fils d’esclave, Libre de couleur, né aux vagues océaniques des colonies ? Qui es-tu, en ce sol, agrégat estropié, pour oser faire valoir, pour oser énoncer ?


Es-tu libre des carcans, verbes et auxiliaires pollinisateurs aux vergers du Roy ?

Es-tu libre, libéré des préjugés, du colonisateur-colonisé ?

Ou juste libre, telles des notes, accrochées à la portée

Libre de s’emmêler, aux lignes "innacordées" du maestro

Aux rythmes dissonants des tambours, aux souffles falsifiés des cordes

Aux racines assonantes du destin, où les verbes se jugent à la "mélas" des mains


As-tu été libre ici, debout au perron avorté d’une école en vallée ? As-tu été libre là-bas, de rêver de cette liberté, face aux injonctions de l’autre société ?

Les âmes cachées des livres te dessinent, profil, esquisse lettrée

Elles t’écrivent, fagoteur de morales aux allures d’abîmes, "profanèr" de l’ordre

Agenceur de malheur, annonciateur d’inconnu, missionnaire de chaos, instigateur de complots, mêlant leurs abus aux règnes, et tes libertés aux cachots…

Elles te font, forteresse, résistance, corps aux corps de chacune de ces lettres (LIBRES)

Elles t’inscrivent, abolitionniste, pensées dénonciatrices de si tant de maux !


Il est de cette île, tu le savais, un argument d’inventaire nommé exil

Censeur d’inconvenance sous le sceau patriotique, si lointain, si invisible

Il est de cette île, des coulées secrètes, où s’abritent les désespoirs des pouvoirs Assignant les "savoirs de couleurs" aux fers de GAL

Proscrivant les alliances

Jugeant plus que de raison, l’immoralité des raisons passionnelles

Instruisant, au nom de Dieu, Saint-protecteur de la blanche lumière

Tout à l’abri des aveux, les inconditionnels récits belliqueux !


Qui es-tu Timagène ?

Libre de couleur, débarrassé de cette mélanine qui offense la condition, et les impossibles mutations ?

Libre de choisir, ton camp, ton cadre, tes avenants ?

Libre de vagabonder à la ronde des valses ?

Libre de "maronner", Frême-Kivi se cachant aux édens de Marie ?

Libre

À te faire condamner

Et d’écrire de cette hauteur (je cite) : « Ma langue n’a pas l’instinct de mes pensées. » !

Libre d’affronter l’inquisiteur, de lui dire (je cite) :

« Et cette goutte de lait tomba et s’étendit sur tout le lac de sang, qui aussitôt changea de consistance, de teinte et de forme ; il devint un sol couvert d’arbres et d’animaux, un pays accidenté, riche et fertile, pays où il n’y avait ni de conditions parmi les habitants, où tous ils étaient libres ; où loin de chercher à se faire la guerre, à s’esclaver, à s’en détruire, ils paraissaient au contraire heureux de se rencontrer, heureux de se voir égaux, de s’aimer, de s’unir et de s’entr’aider ».


Libre de t’instruire, au plus haut banc des chaires

Libre de t’inviter à la grande cour, arc-bouté de ces trois petites lettres, faisant à elles seules, un nouvel univers.


Libre, incompris des pairs, à prophétiser la créolisation du Monde

Libre hier, "lib" au présent, "lib" demain

De te revêtir de l’armure, identitaire, fidèle aux ombres des palabres, et de crier au monde ces heurts (je cite) :

« On fera des lois, comme on fait ici dans l'île, pour la conservation des plantes, des poissons, des chevaux, des chiens et des oiseaux ; on n'en fera pas pour notre conservation, pour l'adoucissement de notre sort ; on n'en fera pas pour notre liberté …» !


Qui es-tu Libre de couleur ?

Libre, "Lib", à jamais !


(2022-10-12-Lao - Libre de couleur)




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